Le RN et le renversement des alliances Parties 1 et 2

« La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas ». Charles Baudelaire

Sommaire

Le RN et les Etats-Unis de Trump (1/8) 5

Un appui constant à Trump, malgré quelques critiques récentes. 5

La constitution d’une internationale d’extrême droite. 7

L’extrême droite américaine et le RN (2/8) 9

Les courants de l’extrême droite américaine. 9

Les nationaux-conservateurs. 10

Les néo-réactionnaires. 12

Les techno-libertariens. 15

Conclusion. 16

Le RN et la Russie de Poutine (3/8) 17

Poutine, héros national et identitaire. 17

L’alliance avec la Russie. 18

Une constante. 18

Les prêts russes et hongrois. 20

Le soutien à l’annexion de la Crimée et le refus d’aider l’Ukraine. 21

Le RN et l’Union Européenne (4/8) 25

L’alliance européenne des peuples contre l’UE. 25

Le RN a-t-il changé de position sur l’Europe ?. 28

Le RN et la Hongrie de Viktor Orban (5/8) 31

La Hongrie de Viktor Orban. 31

Des attaques contre l’Etat de droit et un échec économique. 31

L’alliance avec la Russie. 32

Un plan pour un « Great Reset « de l’Europe. 33

Le soutien du RN à Viktor Orban. 34

La fin d’Orban. 36

Giorgia Meloni, une alliée encombrante ? (6/8) 39

Giorgia Meloni au pouvoir. 39

Les principales mesures du gouvernement Meloni 39

Les projets de modification de la Constitution et du Conseil supérieur de la magistrature. 40

La politique étrangère de Giorgia Meloni 41

Ressemblances et divergences entre le RN et Fratelli d’Italia. 42

La supériorité de la loi nationale sur les engagements internationaux (7/8) 44

Le recours au référendum.. 44

La supériorité de la Constitution et de la loi nationale sur les traités et accords internationaux. 45

Les conditions juridictionnelles de la primauté du droit national. 45

Le RN et le renversement des alliances : un « parti de l’étranger » ? (8/8) 47

Ce dossier a pour objectif de démontrer que les positions du RN dans le domaine de la politique étrangère aboutissent à un renversement complet des alliances de la France. Ce n’est pas simple pour 2 raisons :

  • Le RN cache volontiers ses positions en matière internationale – et dans les autres domaines – et pratique un silence parfois assourdissant, surtout quand ses positions risquent d’être un frein à ses ambitions électorales. Un exemple : le RN n’a toujours pas exprimé une position claire sur la guerre en Iran, sinon par un simple appel à la paix et par une proposition de baisser la TVA sur les prix de l’énergie.
  • Ce n’est qu’en mettant bout à bout les mesures apparemment disparates que propose le RN que l’on peut discerner sa volonté de renversement des alliances traditionnelles de la France. Un exemple : c’est par le truchement d’une révision constitutionnelle – via un référendum portant sur l’immigration[1] – qui établirait la supériorité du droit national sur le droit international, que le RN entend engager un renversement des engagements internationaux, voire une sortie des traités.

Il nous a paru plus clair – sur un sujet assez aride mais ô combien important  -d’examiner le positionnement du RN avec ses principaux alliés.

Le présent dossier comprend 8 articles :

  • Le RN et les Etats-Unis de Trump (1/8).
  • L’extrême droite américaine et le RN (2/8).
  • Le RN et la Russie de Poutine (3/8).
  • Le RN et l’Union Européenne (4/8).
  • Le RN et la Hongrie d’Orban (5/8)
  • Meloni, une alliée encombrante ? (6/8).
  • La supériorité du droit national sur le droit international (7/8).
  • En concluant sur le renversement des alliances (8/8).

Mais il convient dans un premier temps de caractériser en quelques mots la politique étrangère de la France, qui montre une certaine constance depuis le général de Gaulle. On peut dire que cette politique se caractérise par une volonté d’indépendance et de souveraineté, qui se marque notamment par une prise de distance avec des 2 grands blocs historiques (les Etats-Unis et la Russie), mais aussi par un objectif de souveraineté dans le domaine de la défense.

Bien entendu, la situation internationale a évolué :

  • La mondialisation est une réalité, sur le plan économique bien entendu, mais aussi sur le plan culturel (la culture « mainstream »).
  • De plus en plus de pays ont pris un tournant que l’on qualifiera – faute de mieux – « d’illibéral », à tel point que l’on peut caractériser la période comme celle de la montée des dictatures, des nationalismes et des identitarismes[2]. On assite à la constitution d’une véritable internationale de l’extrême droite.
  • Le droit international a volé en éclats, sous les coups de boutoir des Etats-Unis et de la Russie. Le rôle des institutions internationales ne cesse de diminuer, à commencer par l’ONU, mais aussi l’UNESCO, l’OTAN..…
  • L’Union Européenne se positionne comme un nouveau bloc économique, mais ne progresse pas sur le plan de son unité politique et ne pèse pas dans l’arène mondiale.
  • Les Etats-Unis, la Russie et la Chine tentent de constituer des « blocs » d’influence ; le « Sud global » bénéficie des attentions de la Russie et de la Chine, mais peine à peser politiquement et économiquement.
  • Les Etats-Unis et la Russie sont des alliés, notamment contre l’Europe, sans que l’on sache très bien si cette alliance est de circonstance ou plus durable.
  • L’alliance transatlantique, dont l’expression militaire est l’OTAN, bat de l’aile, sous les coups de Trump ; les désaccords entre alliés ont été manifestes pour le Groenland, l’Iran, la défaite d’Orban…
  • La Russie de Poutine et les Etats-Unis de Trump se signalent par leurs activités impérialistes et expansionnistes, comme le montrent l’invasion de l’Ukraine et la guerre en Iran. L’Israël de Netanyahou, dans l’orbite des Etats-Unis, étend son territoire, au nom de sa sécurité (occupation de Gaza, colonisation en Cisjordanie, guerre au Liban).
  • Des conflits dits « régionaux » viennent régulièrement percuter cet « ordre mondial » (conflit Inde-Pakistan, « guerre civile » au Soudan…).

C’est dans ce contexte en évolution que le RN – s’il arrive au pouvoir et si l’on en croît ses intentions – entend opérer une véritable rupture avec le positionnement historique de la France, un renversement des alliances.

Le RN et les Etats-Unis de Trump (1/8)

Un appui constant à Trump, malgré quelques critiques récentes

Le RN n’a cessé de tresser des louanges à Donald Trump, mais s’est montré et se montre mal à l’aise par rapport à certaines déclarations ou actions du président des Etats-Unis. D’où quelques (quatre) prises de position critiques (sur l’interdiction de visa de Thierry Breton, le Venezuela, le Groenland et l’Iran), qui sont à mettre en balance avec un soutien constant.

Le 15 janvier 2017, peu après l’élection de Donald Trum pour son premier mandat, Marine Le Pen déclare sur RTL : « Ce que fait Donald Trump m’intéresse. Et pour cause, il met en place la politique que j’appelle de mes vœux depuis très longtemps ». Le vice-président du parti, Louis Aliot, s’est rendu à l’investiture de Donald Trump en janvier 2017. Mais Trump est un ingrat : on se rappelle l’humiliation que Marine Le Pen a subie à New York quelques semaines après, recalée au pied de la Trump Tower alors qu’elle cherchait la bénédiction de Donald Trump.

Sans rancune, Marine Le Pen recevra d’ailleurs en grandes pompes, lors du congrès de son mouvement en mars 2018, Steve Banon, l’idéologue organique du trumpisme (voir ci-dessous).

Le conseiller américain d’extrême droite Steve Bannon, et Marine Le Pen, lors d’un congrès du Front national, devenu Rassemblement national, à Lille, le 10 mars 2018. CYRIL BITTON/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

En 2024, les dirigeants du RN se sont félicités du retour au pouvoir de Donald Trump, louant le triomphe d’un allié. « Grâce à lui, un vent de liberté, de fierté nationale souffle sur toutes les démocraties occidentales », avait même osé Jordan Bardella, en qualifiant ce succès de « bonne nouvelle ». Tout en précisant dans une autre intervention : «J’ai précisément indiqué que le vent de liberté qui soufflait sur les États-Unis d’Amérique ne devait pas faire de nous des êtres naïfs et que si Trump était bon pour l’Amérique alors il serait mauvais pour la France et pour l’Europe».

Louis Alliot s’est rendu en septembre 2025 au spectaculaire hommage religieux à Charlie Kirk, influenceur conservateur américain assassiné ; il est revenu fasciné par l’énergie trumpiste : « Il y a une impression de marche en avant, alors que nous sommes dans un discours décliniste. »

Le RN s’est montré critique vis-à-vis de Trump à 4 reprises, depuis décembre 2025 – ce qui ressemble à une (petite) prise de distance – : lors de l’interdiction du visa de Thierry Breton, lors de l’intention d’annexion du Groenland par Trump, lors de l’enlèvement du président Maduro au Venezuela, lors de la guerre en Iran. Mais, chaque fois, ces critiques sont très mesurées.

En ce qui concerne l’interdiction de visa de Thierry Breton en décembre 2025, les avis semblent partagés au sein du RN. «Je pense que l’administration Trump non seulement se trompe sur le fond, mais se trompe sur l’image qu’elle renvoie des États-Unis au monde entier», a critiqué son vice-président Sébastien Chenu. Deux eurodéputées RN ont quant à elles fait part de leur compréhension vis-à-vis de la décision américaine. «Thierry Breton avait menacé (en 2024) le propriétaire du réseau social de (faire) respecter les réglementations de l’UE. Un visa enlevé un an et demi après, ils ont fait preuve de beaucoup de patience !», a jugé Virginie Joron en référence aux différends entre Elon Musk et l’UE. Les États-Unis «ne se sacrifieront pas pour un continent sans libertés où l’on annule même des élections», en référence à la présidentielle roumaine, a renchéri Catherine Griset.

Le 6 janvier 2026, Marine Le Pen a marqué son désaccord après l’enlèvement de Nicolas Maduro par l’armée des Etats-Unis, en tout cas sur la méthode : « La souveraineté des États est inviolable et sacrée ». Jordan Bardella renchérit : « Le respect du droit international ne peut pas être à géométrie variable ». Nous sommes en présence, de toute évidence, de grands défenseurs du droit international.

Toujours en janvier 2026, devant le Parlement européen, Jordan Bardella proclame : «Ce qui se joue aujourd’hui autour du Groenland dépasse de loin un désaccord diplomatique ponctuel, c’est une épreuve de puissance et de vérité pour l’Europe. Lorsqu’un président américain menace ouvertement un Etat européen, […] ce n’est pas seulement un partenaire qui s’exprime, c’est un rapport de force qui s’impose ».

En ce qui concerne l’attaque de l’Iran par les Etats-Unis, les réactions du RN sont pour le moins mesurées. Jordan Bardella demande la 1er mars 2026 à Emmanuel Macron de réunir les dirigeants des partis politiques pour un « point complet » sur la situation. Le 20 mars, sur X, il affirme que « Face à la guerre en Iran, la France doit se protéger de répercussions économiques et d’un potentiel risque migratoire, mais je ne souhaite pas que notre pays s’engage dans ce conflit. Il faut également préserver ses intérêts et protéger nos alliés dans la région ». Le 16 avril sur France 2, il ne condamne pas l’attaque de l’Iran par les Etats-Unis mais critique le flou des objectifs de Trump: « On voit que les objectifs de guerre aujourd’hui du président Trump sont totalement erratiques. (..) Personne n’est capable de dire quelle est la cohérence, quelle est la colonne vertébrale de cette guerre qui est menée ».

Le RN reste fondamentalement un soutien de Donald Trump, qui le lui rend bien. Pour qui en douterait, Steve Bannon déclaré  l’émission « Complément d’enquête » diffusée le 8 janvier 2025 : « Le dernier élément qui va vraiment tuer l’Union européenne, ce sera l’élection de Marine Le Pen et du Rassemblement national ». On ne saurait être plus clair…

La Stratégie de Sécurité Nationale des Etats-Unis Dans un document publié le 5 décembre 2025, le président américain, Donald Trump, dessine la place des Etats-Unis dans le monde sur un plan géopolitique, stratégique et économique, privilégiant son approche de « l’Amérique d’abord ». Cette « Stratégie de sécritéu nationale » insiste notamment sur la lutte contre « l’immigration de masse » et les « invasions » et met en garde l’Europe contre son « effacement civilisationnel ». En ce qui concerne l’Europe, voici les orientations de sa politique : « Notre politique générale pour l’Europe devrait donner la priorité aux éléments suivants : Rétablir les conditions de stabilité en Europe et la stabilité stratégique avec la Russie.Permettre à l’Europe d’être autonome et de fonctionner comme un groupe de nations souveraines alignées, notamment en assumant la responsabilité principale de sa propre défense, sans être dominée par une puissance adverse.Encourager la résistance à la trajectoire actuelle de l’Union européenne au sein des nations européennes.Ouvrir les marchés européens aux biens et services américains et garantir un traitement équitable aux travailleurs et aux entreprises américains.Renforcer les nations prospères d’Europe centrale, orientale et méridionale grâce à des liens commerciaux, à la vente d’armes, à la collaboration politique et aux échanges culturels et éducatifs.Mettre fin à la perception, et empêcher la réalité, d’une OTAN comme une alliance en expansion perpétuelle.Encourager l’Europe à prendre des mesures pour lutter contre la surcapacité mercantiliste, le vol de technologies, le cyberespionnage et d’autres pratiques économiques hostiles ».

La constitution d’une internationale d’extrême droite

Cette alliance n’est pas de circonstance mais repose sur des proximités idéologiques. En témoigne le fait que le RN – ou ses élus – participe régulièrement aux réunions des think tanks de la galaxie trumpiste et des cercles orbaniens.

Deux organismes jouent un rôle important dans ce qu’il faut bien appeler la constitution d’une internationale d’extrême droite : le CPAC, à l’initiative des cercles trumpistes, et le MCC, initié par Viktor Orban :

  • La Conférence d’action politique conservatrice (Conservative Political Action Conference ou CPAC), est une réunion politique annuelle organisée par l’Union conservatrice américaine (American Conservative Union), avec en général le soutien de The Heritage Foundation, le think tank conservateur le plus influent de la galaxie MAGA (« Make America Great Again »), qui a fourni à Donald Trump le très radical Projet 2025. Les CPAC s’exportent en Hongrie mais également au Mexique, au Brésil, en Argentine, au Japon, en Corée et en Australie.
  • Le Mathias Corvinus Collegium (MCC), dont le siège est à Budapest, est le bras armé de Viktor Orbán dans le domaine de la réflexion stratégique et de l’éducation ; il bénéficie de financements importants[3].

Voici quelques exemples des rencontres du RN avec ces think tanks ou organismes, et quelques autres, tous sur les années 2025 et 2026 :

  • Début février 2025, Jordan Bardelle traverse l’Atlantique pour participer à la CPAC ;il écourte cependant sa visite après le salut nazi de l’ancien conseiller à la Maison Blanche Steve Bannon.
  • Au printemps 2025, Thibaut François, ancien député du Nord (2022-2024), considéré comme le diplomate de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, et le député européen Fabrice Leggeri, ex-directeur de Frontex, se sont rendus à Budapest, pour l’édition européenne de la CPAC. Ce dernier y est retourné en septembre, pour un colloque coorganisé par le Danube Institute, un autre cercle orbanien.
  • Au cours de l’année 2025, les responsables du RN ont croisé les missionnaires du trumpisme à Paris, Madrid, Bruxelles, Strasbourg et aux Etats-Unis – pour ce qui est des rencontres rendues publiques recensées par Le Monde[4].
  • Le 9 décembre 2025, Jordan Bardella rencontre à Londres Nigel Farage, leader du parti anti-immigration Reform UK.
  • Le 12 décembre 2025, Jordan Bardella et Marine Le Pen rencontrent l’ambassadeur des Etats-Unis à Paris, Charles Kushner.
  • En décembre 2025, des organisations liées au trumpisme (Conservative Partnership Institute), à Matteo Salvini (Centre Machiavelli pour les études politiques et stratégiques), et à Viktor Orban (Centre pour les droits fondamentaux), ont rassemblé durant trois jours quelques dizaines de nationalistes européens et américains, pour un bootcamp for patriots (« camp d’entraînement pour patriotes »), dans un centre de congrès à une heure et demie de route de Budapest. Y participait Thibaut François[5].
  • En février 2026, le groupe parlementaire « les Patriotes pour l’Europe », que préside Jordan Bardella, organise au Parlement européen un colloque sur la « liberté d’expression », en compagnie de plusieurs trumpistes influents. Parmi les invités : le nouveau président chilien José Antonio Kast, des influenceurs anti-avortement, des responsables de The Heritage Foundation, Santiago Abascal, dirigeant de Vox qui compare l’homosexualité à la zoophilie, Sharon Slater, à la tête d’un lobby chrétien fondamentaliste opposé à l’avortement, qui assimile l’homosexualité à un trouble mental, ou encore Lucy Akello, femme politique responsable de l’introduction de la peine de mort ou de l’emprisonnement à perpétuité pour les personnes LGBTIQA+ en Ouganda. Dans le viseurs les dispositifs permettant l’avortement et le règlement européen sur les services numérique (« DSA »).

Et nous ne citons – et pour cause -que les réunions qui ont été rendues publiques. Ça fait déjà beaucoup…

Il semble que ce voisinage ne soit pas du coup de tout le monde au sein du RN. Jean-Philippe Tanguy (député de la Somme) a déclaré fin 2025 : « Les rencontres officielles sont nécessaires, mais je ne vois pas l’intérêt de se mêler aux think tanks. Il ne faudrait pas que le réseautage ait un impact prescripteur sur la ligne du parti ». Surtout ce n’est pas très porteur électoralement, vue la faible popularité – c’est un euphémisme – de Donald Trump en France. Gageons que, les élections présidentielles approchant, le RN va éviter de le câliner.

L’extrême droite américaine et le RN (2/8)

Les courants de l’extrême droite américaine

Dans l’entourage de Trump, on peut identifier 3 courants majeurs : les nationaux-conservateurs (NatCons), dont les figures de proue sont Steve Bannon et J.D. Vance (pour ce dernier, dans sa version catholique), les néo-réactionnaires (Nick Land, Curtis Yarvin étant les plus connus) et enfin les techno-libertariens de la Tech[6]. Sans doute les NatCons sont les plus influents. Ce sont en tout cas les plus représentés dans l’administration Trump.

Si l’on prend en compte la cartographie ci-après réalisée par l’IRIS[7], on peut considérer que notre courant NatCons correspond aux courants IRIS « post-libéralisme », « conservatisme chrétien catholique » et « conservatisme chrétien protestant », notre courant néo-réactionnaire au courant IRIS « néo-réaction », notre  courant techno-libertarien au courant IRIS « libertarianisme autoritaire ».

L’influence de ces 3 courants sur l’extrême droite européenne est évidente[8]. On peut la qualifier « d’influence d’atmosphère », car elle n’est pas toujours directe et presque jamais revendiquée, mais passe plutôt par un fonds idéologique commun et des thématiques partagées. Mais il y a aussi les rencontres, les conférences, les colloques, surtout à l’initiative du courant national-conservateur… où se croisent les différentes composantes de l’extrême droite, dont le RN. Il nous semble que l’on peut même affirmer que c’est le courant NatCons qui est aux manettes dans la construction d’une internationale de l‘extrême droite, via notamment le CPAC trumpien et le MCC orbanien.

Comme nous le disions, la référence à ces courants n’est pas assumée par le RN. Il faut dire que le corpus des néo-réactionnaires et des nationaux-conservateurs américains est « gênant » : totalement contraire aux valeurs émanant des Lumières, qu’il s’agisse de nos conceptions de l’Etat ou de la Nation comme de la démocratie représentative, elle apparaît en outre comme un produit d’importation, voire un produit exotique, difficile à assumer pour des tenants du nationalisme et de l’identitarisme…

Les nationaux-conservateurs

Le courant national-conservateur a été lancé aux États-Unis par le penseur ultra-conservateur israélo-américain Yoram Hazony, auteur de Les vertus du nationalisme et le Claremont Institute, qui regroupe des disciples de Leo Strauss, en 2019. L’objectif était de créer une idéologie survivant à Donald Trump. Ses conférences annuelles lui ont permis de construire un véritable programme politique. De façon générale, ses préconisations sont les suivantes :

  • Un système politique illibéral et chrétien, en rupture assumée avec la démocratie libérale, avec un accent mis sur la lutte contre les ennemis de l’intérieur.
  • Un modèle économique rejetant la mondialisation néolibérale et redonnant un certain rôle à l’État fédéral, tout en menant un combat contre l’État administratif (le deep state), obsession de Steve Bannon.
  • En politique étrangère, les NatCons entendent renouveler le nationalisme et condamnent l’ordre international libéral mis en place par les États-Unis après 1945 et les interventions militaires extérieures[9].

Les 3 porte-paroles principaux des NatCons dans l’entourage de Trump sont Steve Bannon[10], J. D Vance, ce dernier, catholique traditionnaliste, étant vice-Président des Etats-Unis, et Ron deSantis. Il nous semble intéressant de die quelques mots des positions de J.D. Vance, dont on peut craindre qu’il soit le prochain président des Etats-Unis.

Les positions de J.D. Vance sont ainsi résumées ainsi par Marlène Laruelle : « la souveraineté de l’Etat-nation est primordiale et ne peut être limitée par des lois ou des institutions supranationales ; la société ne peut fonctionner sans autorité morale, et cette autorité peut conduire à des formes d’autoritarisme à l’encontre des institutions démocratiques ; (…) les sociétés doivent être culturellement homogènes, les étrangers peuvent s’y intégrer en acceptant l’assimilation, mais non en demandant le multiculturalisme ; les individus ne sont pas des cartes blanches en termes d’identité, mais sont pétris d’histoire et de géographie, des marqueurs identitaires qui doivent être protégés et valorisés ; les normes culturelles en matière de famille, de sexe et de genre ne peuvent évoluer rapidement.

Sur le plan international, Vance esquisse également un nouvel ordre illibéral marqué par le retour de la puissance. (…) Les négociations font fi des valeurs morales et du droit international, jugés biaisés idéologiquement en faveur du libéralisme progressiste et contraire aux intérêts nationaux. (…) L’accélérationnisme, c’est-à-dire l’idée selon laquelle la vitesse est nécessaire pour ébranler le statu quo, permet de prendre de court les concurrents. (…) Ce darwinisme social multipolaire reconnaît à chaque puissance le même objectif, celui d’être ‘’great again’’ ; et que le meilleur gagne, par tous les moyens »[11].

Le combat de Vance est avant tout un combat « civilisationnel », mené au nom de raisons morales et religieuses. Le déclin de l’Europe est dû selon lui aux progrès de l’irreligion et à l’effondrement du patriotisme. C’est contre ce déclin qu’il faut lutter, ce qui suppose la restauration d’un État fondé sur le nationalisme et le christianisme. Ainsi, lors de la conférence de Turning Point USA, organisée en hommage à Charlie Kirk, le 21 décembre 2025, le vice-président a défendu un christianisme de combat : « Je ne dis pas que vous devez être chrétien pour être américain. Je dis quelque chose de plus simple et de plus vrai. Le christianisme est la foi de l’Amérique, un langage moral commun, de la révolution à la guerre civile et au-delà. (…) Le projet de restauration d’une identité nationale et chrétienne vise aussi explicitement une identité blanche et masculine, que le vice-président représente comme discriminée, voire persécutée »[12].

J.D. Vance et les NatCons sont très conservateurs sur les questions sociétales. En janvier 2026, l’administration Trump a annoncé l’extension de la «règle de Mexico», instaurée par Ronald Reagan en 1984, qui jusqu’ici retirait les financements américains aux ONG étrangères promouvant l’avortement. Désormais, cette politique s’appliquera également aux associations soutenant des politiques de diversité, d’équité et d’inclusion, ainsi qu’aux programmes soutenant ce que J.D. Vance appelle les « idéologies radicales de genre ». Le 23 janvier le vice-Président JD Vance a participé à la Marche annuelle pour la Vie à Washington, un événement anti-avortement . Il a appelé à bloquer les mesures prises par Joe Biden, qui auraient eu pour objectif « d’exporter l’avortement et l’idéologie radicale de genre à travers le monde ».

Le 14 février 2025, J.D Vance a consterné les Allemands et, plus généralement, les Européens, par son discours à Munich dans lequel il avait affirmé que la liberté d’expression « reculait » sur le Vieux Continent et que « aucun électeur sur ce continent n’est allé aux urnes pour ouvrir les vannes à des millions d’immigrants non contrôlés ». Il avait en outre appelé à voter pour l’Alternative für Deutschland (AfD). Aussitôt Jordan Bardella applaudit des deux mains ! Il salue « la lucidité » du vice-président américain ; lui aussi considère que la « liberté d’expression est aujourd’hui en danger »  en Europe et en France, à cause de ce qu’il appelle le « harcèlement » du « militantisme de gauche et d’extrême gauche », et de surenchérir sur X : « « Le discours dominant n’est plus le discours majoritaire dans le pays. Je crois qu’il a raison de s’inquiéter d’une dérive orwellienne de la gauche qui milite pour restreindre la liberté d’expression, qui est aujourd’hui en danger dans notre pays »[13].

C’est incontestablement avec ce courant que le RN a le plus d’accointances, et le plus de contacts. Steve Bannon était présent, on l’a mentionné, lors du congrès du RN en mars 2018. Les occasions de rencontres et d’échanges sont multiples, comme nous l’avons vu.

On peut identifier de nombreux points communs entre les positions des NatCons et le discours du RN :

  • La conception organique, voire ethnoraciale de la Nation.
  • La supériorité de la loi nationale sur les engagements internationaux.
  • L’idée que la liberté d’expression est menacée par la gauche, le progressisme, le « wokisme »…
  • Le rôle de l’Etat, qui doit à la fois permettre l’exercice de la libre concurrence et assuere ses responsabilités  « régaliennes » (police, justice…).

En revanche les références religieuses ne sont pas présentes dans le discours du RN. En outre, le RN a effacé depuis plusieurs années ses positions antiavortement, anti mariage pour tous…, contrairement aux NatCons.

Il existe des ponts entre les NatrCons et les néo-réactionnaires. Selon Wikipédia, « J. D. Vance est un adhérent d’un mouvement qui s’est autobaptisé ‘’Lumières obscures’’. (…) Il est un ami personnel de Curtis Yarvin (qui se fait aussi appeler Mencius Moldbug), le théoricien et créateur de cette école de pensée ».

Les néo-réactionnaires

Le courant néo-réactionnaire américain – dont l‘influence auprès de Trump est plus« diffuse » – est porté par des personnalités assez diverses ; on citera Nick Land, universitaire anglais, et Curtis Yarvin (alias Mencius Moldbug), blogueur / influenceur qui a ses entrées à la Maison Blanche. Tous les 2 ont la particularité de s’être exilés en Chine, où ils ont trouvé, selon leurs dires, un contexte plus proche de leurs idéaux (leurs modèles sont Singapour, Hong Kong et la Chine). On pourrait également citer Spandrell, également blogueur, qui est le porteur du concept de « bioléninisme » qui prétend que la gauche est structurellement et biologiquement destinée à accueillir les minorités et les handicapés. Les grandes références philosophiques des néo-réactionnaires sont éclectiques : Gustave Le Bon[14], René Girard[15] et Nietzsche, voire Gilles Deleuze et Félix Guattari, dont Nick land reprend le concept de déterritorialisation (« tout ordre est travaillé par des dynamiques qui le déstructurent »), ainsi que Georges Bataille[16].

Le courant néo-réactionnaire américain peut être caractérisé en quelques mots-clés, ces mots correspondant à des concepts revendiqués [17] :

  • Le meilleur régime politique est celui dans lequel l’Etat est propriétaire de son territoire et le fait fonctionner comme une entreprise ; c’est dans le langage des néo-réactionnaires, le néocaméralisme. Ce concept n’est pas sans rapport avec la vision de Trump et sa volonté d’acheter un territoire comme le Groenland. Le formalisme désigne le processus de transfert de propriété qui doit toucher l’Etat, mais aussi les autres institutions territoriales, les services publics… Globalement les néo-réactionnaires sont proches des libertariens, tout en s’en démarquant sur l’immigration, le nationalisme…
  • Les néo-réactionnaires sont des adeptes du darwinisme social et de l’inégalité biologique, ou au moins du « séparatisme ethnique ». Nick Land écrit ainsi : « Les populations indigènes des société historiquement blanches subissent une attaque idéologique (et criminelle) à d’une intensité alarmante. (…) Le séparatisme etrhnique (de toute sorte) est une aspiration légitime »[18]. Les néo-réactionnaires défendent la race blanche et la blanchité.
  • Les néo-réactionnaires sont dans l’ensemble des laïques, voire des païens, même s’ils revendiquent les origines judéo-chrétiennes de notre civilisation. Ils ne sont pas du tout partisans de revenir sur la légalisation de l’avortement, la tolérance vis-à-vis des homosexuels… ; ce n’est pas leur combat. En cela ils diffèrent nettement des NatCons.
  • La pensée néo-réactionnaire repose sur l’idée que le développement économique va en s’accélérant, notamment sous l’effet de l’IA, et qu’il faut encore l’accélérer ; c’est l’accélérationnisme ; cette évolution est porteuse d’une nouvelle société, qui accouchera du chaos, d’une sorte de jugement dernier ; en ce sens la néo-réaction peut être qualifiée d’eschatologique. Elle suggère en conséquence de ne pas faire de politique, le mouvement naturel de la société lui donnant de toute façon la victoire.
  • La néo-réaction entend lutter contre le système d’information dominant, composé essentiellement des médias et des universités, baptisé la Cathédrale[19], qui véhicule des pensées progressistes, humanistes et égalitaristes. Elle accorde une grande place au combat culturel.
  • Les néo-réactionnaires sont persuadés qu’il existe un Etat profond, « un modèle de gouvernement occulte ou caché – celui sous lequel opère la Cathédrale »[20]. Autre concept ayant inspiré le mouvement MAGA.
  • Les néo-réactionnaires sont des adeptes du révisionnisme historique. « Notre première étape est une reconstruction linguistique complète de la politique et de l’histoire ». « Ce dont nous avons vraiment besoin, c’est d’une interprétation de l’histoire tellement réactionnaire qu’elle ne contient aucun Universalisme ou proto-Universalisme du tout » [21].D’où une réécriture de la guerre de Sécession, du New Deal, du colonialisme, mais aussi du fascisme et de la période nazie[22].

Arnaud Miranda décèle également chez les néo-réactionnaires une conception « transactionnelle » de la politique internationale, ce qui rappelle évidemment la pratique trumpienne des « deals ».

Il existe des connexions entre le RN et les néo-réactionnaires, via des individus et via une certain vision de la société. Du côté des individus, on mentionnera le rôle de Julien Rochedy, ex Président du Front national de la jeunesse, éditeur en France des néo-réactionnaires, vieil ami de Marion Maréchal (qui a rejoint le RN) et de Frédéric Chatillon (qui n’est certes plus au RN, mais dont les société fournissent des prestations au RN).

Julien Rochedy et Marion Maréchal au débat du Journal Frontières « Urgence, Françaises en danger », le 30 janvier 2026[23].

Mais il existe un fonds commun entre l’idéologie des néo-réactionnaires et la conception du monde du RN : une vision ethno-raciale et identitaire de la Nation, une propension au complotisme (à travers notamment le thème de l’Etat profond), une tendance à réécrire l’histoire, l’importance de la technologie dans le développement économique (cf. ci-dessous)… Mais les différences sont indéniables : le RN ne défend pas le néocaméralisme et le formalisme(l’Etat propriétaire de son territoire), ne développe pas une vision eschatologique du monde…

Les techno-libertariens

« Les grands patrons de la Silicon Valley se sont ralliés à Trump les uns après les autres pendant la campagne de 2024. Le fondateur de PayPal Peter Thiel, l’investisseur David Sacks, le créateur de Mosaic puis de Netscape Marc Andreessen et son partenaire Ben Horowitz ont été les premiers ». Elon Musk les a rejoints tardivement (juillet 2024). Enfin « le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg, le fondateur d’Amazon Jeff Bezos, le directeur général de Google Sundar Pichai, le directeur général d’Apple Tim Cook et le co-fondateur de Google Sergey Brin »[24], après avoir été invités à la cérémonie d’investiture, ont multiplié les louanges à Donald Trum. Comment expliquer ces ralliements ?

« La mouvance tech-libertarienne refuse les régulations tatillonnes d’un État fédéral perçu comme très lointain et illégitime. Elle se caractérise surtout aujourd’hui par sa foi dans les vastes possibilités du progrès technologique. C’est dans ses rangs que se recrutent les transhumanistes, qui projettent d’aboutir à l’immortalité humaine grâce aux progrès médico-technologiques. L’une des entreprises fondées par Elon Musk, Neuralink, cherche ainsi à développer des implants cérébraux pour augmenter ou réparer la mémoire »[25].

Les techno-libertariens ne sont pas toujours d’accord avec les décisions de Trump, notamment sur l’instauration de droits de douane et les restrictions de l’immigration.

Quelle est l’influence de ce courant sur le RN ? Il est sans doute relativement faible, en particulier parce que les propositions du RN supposent un i interventionnisme de l’Etat, même si Jordan  Bardella semble plus « libéral ». Cependant le RN est le seul mouvement politique français qui a inscrit dans son programme le développement de l’IA, et qui y voit -comme les libertariens, mais aussi comme les néo-réactionnaires – un élément central pour la croissance économique et la souveraineté nationale.

Ans le programme du RN pour les élections européennes de 2024, le RN estime que « l’Europe ne peut pas se permettre de n’être que le spectateur passif de la Quatrième révolution industrielle, marquée notamment par l’essor de l’Intelligence artificielle : c’est la grande révolution technologique de ce siècle ».

Et de faire un certain nombre de propositions :

  • « Défendre la constitution d’un cloud souverain européen. (…)
  • Élargir les domaines éligibles aux Projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC). (…)
  • Revoir les règles de la concurrence européenne pour autoriser la concentration des acteurs et créer des champions européens du numérique. (…)
  • Combler les dépendances stratégiques dans le domaine de la Défense : l’IA est déjà une réalité sur les théâtres d’opérations (aide à la prise de décision, collecte et traitement du renseignement, analyse d’images satellites, etc.) et cette tendance va s’amplifier. L’Europe technologique doit aider les forces armées nationales à se doter d’applications et de solutions ne souffrant d’aucune dépendance critique ».

Conclusion

En guise de conclusion, comme le dit Radio France, à propos du discours du 14 février 2025 de J.D. Vance et des liens entre le RN et Trump : « Le RN se range au côté d’une puissance étrangère qui s’en prend à nos intérêts nationaux, diplomatiques ou commerciaux.  Voir l’extrême droite cataloguée en ‘’parti de l’étranger’’,  c’est une posture déjà vue, mais toujours inconfortable pour une formation qui se prétend patriote »[26].


[1] Voir notre article sur « le RN et l’immigration », ici.

[2] Citons les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’Argentine, le Chili, la Slovaquie, la Hongrie, de nombreux Etats d’Afrique et d’Asie, voire le Japon…

[3] Voir article 5 « Le RN et la Hongrie de Viktor Orban ».

[4] Clément Guillou, Au RN, une attraction inavouée pour le trumpisme et un alignement idéologique progressif, https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/01/18/au-rn-une-attraction-inavouee-pour-le-trumpisme-et-un-alignement-ideologique-progressif_6663002_823448.html

[5] Clément Guillou, op. cit.

[6] Les élections de Trump en 2017 et 2025 ont été considérées comme un échec cuisant par un autre courant, les néo-conservateurs. Ce courant – descendant de courants historiquement démocrates – apparaît à partir de 1995 autour de l’hebdomadaire The Weekly Standard, clairement à droite, côté républicain, et presque exclusivement centré sur la politique étrangère. Les néoconservateurs des années 1990 à 2012 veulent une Amérique interventionniste, une Amérique qui favorise la démocratie contre la tyrannie, au nom de la morale. Les néo-conservateurs s’attaquent à l’interventionnisme étatique, qu’il soit social ou économique, tout en admettant une intervention de l’Etat dans les domaines régaliens. Ils mettent en avant la lutte pour des idées. Ils ont dominé le parti républicain jusque 2012. Francis Fukuyama est un des principaux théoriciens du néo-conservatisme.

[7] Camille Boulanger, Cartographie des courants idéologiques au sein du parti républicain, note n° 31, IRIS, février 2026.

[8] Nous n’évoquons pas ici l’alt right (pour « alternative right »), autre courant d’extrême droite américain, dont l’influence a diminué depuis le premier mandat de Trump. Les tenants de l’alt right professent un discours violent anti-métissage parfois raciste, parfois xénophobe, chez certains antisémite ou suprémaciste blanc, voire néo-paganiste.

Nous n’évoquons pas non plus l’« aristopopulisme », inventé par Patrick J. Deneen, et repris par ses nombreux disciples. « Cet étonnant mot-valise, développé par celui qui est devenu l’un des intellectuels organiques de la ‘’nouvelle droite’’ américaine, permet de théoriser le dépassement du stade contestataire du populisme. (…) Il  consiste avant tout à faire émerger une nouvelle élite, une nouvelle intelligentsia loyale capable de mener le combat au sein des sphères du pouvoir ». Julian Blum, L’aristopopulisme ou les paradoxes de la « nouvelle droite » américaine, Fondation Jean Jaurès, 23 octobre 2024.

[9] Maya Kandel, Le national-conservatisme, quelle politique étrangère pour la « nouvelle droite » américaine ?, Potomac Paper n°47, IRIS, mars 2023.

[10] Proche de l’alt right lors du premier mandat Trump.

[11] Marlène Laruelle, professeure à l’université George-Washington, à Washington, directrice du programme d’études sur l’illibéralisme, spécialiste de la Russie et des courants illibéraux en Europe et aux Etats-Unis, L’illibéralisme de J. D. Vance ne se contente pas de critiquer les valeurs libérales et progressives, il avance un projet politique réel, https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/02/24/l-illiberalisme-de-j-d-vance-ne-se-contente-pas-de-critiquer-les-valeurs-liberales-et-progressives-il-avance-un-projet-politique-reel_6561493_3232.html

[12] Gérard Grunberg, La guerre civilisationnelle de Trump et Vance contre l’Europe libérale, https://www.telos-eu.com/fr/politique-francaise-et-internationale/la-guerre-civilisationnelle-de-trump-et-vance-cont.html

[13] On ne voit pas très bien ce que cette dérive d’orwellien… Sans doute veut-il laisser entendre que la gauche est big brother.

[14] Gustave Le Bon, auteur de La psychologie des foules (1841-1931) défend une conception essentialiste et raciste des peuples[30]. Il attribue à chaque peuple des traits physiques communs, en particulier des traits liés à leur «structure cérébrale». Il affirme l’idée d’un déterminisme biologique et psychologique, auxquels les «races» seraient soumises. Ayant comparé des cerveaux féminins et masculins et mesuré leur poids relatif, il en déduit l’infériorité intellectuelle des femmes.

[15] René Girard, anthropologue (1923-2015), est connu pour sa théorie du bouc émissaire ; comme le dit Wikipedia, « la pensée de René Girard s’apparente aux pensées pour lesquelles le conflit entre individus est au fondement de la réalité sociale qui le médiatise et le transforme sans jamais l’abolir ».

[16] Nick land, The Thirst for Annihilation. Georges Bataille and Virulent Nihilism, Londres, Roujtledge, 1992.

[17] Arnaud Miranda, Les lumières sombres, Comprendre la pensée néoréactionnaire, Paris, Gallimard, Le Grand Continent, 2026 . Curtis Yarvin, Unqualified Reservations, Anéantir le progressisme sans devenir conservateur, Hétairie, 2025. Nick Land, Xenosystems, Qu’est-ce que la Néoréaction ?, Hétairie, 2025.

[18] Nick Land, op. cit. p. 99I.

[19] Que les internautes de la sphère néo-réactionnaire appellent souvent la Synagogue, ce qui en dit long… Voir Nick Land, op. cit. p. 35.

[20] Nick land, op. cit. P 38.

[21] Curtis Yarvin, op. cit. p. 548 et p. 532.

[22] Les néo-réactionnaires se défendent d’être fascistes (ils laissent cette « qualité » à l’alt right) ou nazis.

[23] https://www.youtube.com/shorts/qQ1kiBc65YM

[24] Laurence Nardon, Entre nationalistes conservateurs et tech-libertariens, les idées d’extrême droite dans l’administration Trump 2, Editoriaux de l’IFRI, 31 janvier 2025.

[25] Laurence Nardon, op. cit.

[26] https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/l-edito-politique/edito-le-discours-hostile-du-vice-president-americain-jd-vance-a-l-encontre-de-l-europe-fait-le-jeu-du-rassemblement-national-8743435

Laisser un commentaire