Les élections municipales de 2026 Partie 2 – Les élections ont-elles été un succès pour LFI et pour les fusions de listes  ?

Les résultats de LFI

On constate un début d’implantation locale de LFI, qui avait jusque-là « enjambé » les élections municipales et n’avait obtenu qu’une poignée d’élus (2 communes en 2020). Et cela d’autant plus que le nombre de listes présentées était limité. Mais les résultats sont mitigés dans un certain nombre de communes où LFI était présent, notamment dans la banlieue parisienne.

Au soir du 1er tour, les responsables de LFI ont crié victoire, Jean-Luc Mélenchon évoque sur X «une magnifique percée dans les élections municipales», et la plupart des commentateurs ont relayé ces propos. La réalité est plus mitigée. Le nombre de voix rassemblé par les listes estampillées LFI de dépasse pas 685 000 – il est vrai que LFI ne présentait que 284 listes.

Graphique extrait de « La victoire LFI aux élections municipales : la grande illusion ? », analyse de l’IFOP et de la Fondation Jean Jaurès[1]

Si LFI a gagné Saint-Denis (élection dès le 1er tour – avec un fort rejet du maire PS sortant, Matthieu Hanotin – 152 000 habitants), on rappellera qu’à Paris, où Sophia Chikirou s’est réjouie d’atteindre 11,72 %, Jean-Luc Mélenchon avait rassemblé 29,93 % des voix lors du 1er retour des élections présidentielles de 2022 – il est vrai dans des élections de nature différente…

Au 2ème tour, LFI gagne un certain nombre de villes : Roubaix (101 000 habitants), Le Tampon (la Réunion – 85 000 habitants), La Courneuve (50 000 habitants), Creil (37 000 habitants), Vénissieux (67 000 habitants), Vaulx-en-Velin (55 000 habitants), Saint-Fons (20 000 habitants). Il est par ailleurs présent dans un certain nombre de conseils municipaux, suite à des fusions de listes (cf. ci-dessous) ou dans le cadre de listes d’union (par exemple à Bagnolet, où une liste d’union LFI / Ecologiste / PRG / assemblées de quartier gagne devant une liste PS, mais aussi au Blanc-Mesnil, à Stains, Aubervilliers, Sevran, Bobigny, Noisy-le-Sec, Bondy…). A Sarcelles, une liste citoyenne baptisée « Sarcelles unie pour réussir », soutenue par LFI, a été élue [2].

LFI a le plus souvent gagné ces communes contre d’autres partis ou listes de gauche : c’est le cas de 7 des 8 communes gagnées : Roubaix, Saint-Denis, la Courneuve, Vaulx-en Velin, Creil, Saint-Fons (contre le PS ou une liste divers gauche), ainsi qu’à Vénissieux (contre le PCF).

Dans la banlieue parisienne, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon n’a présenté des listes que dans environ la moitié des communes[3]. LFI accuse un net recul dans plusieurs bastions où sont élus ses députés : – 33,8 % à Garges-lès-Gonesse, cœur de la circonscription de Carlos Bilongo dans le Val-d’Oise, – 16,7 % à Argenteuil, sur les terres de Paul Vannier, le « Monsieur élections » de LFI ; – 11,3 % chez Clémence Guetté à Créteil et – 10,1 % chez Mathilde Panot à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Cet écart atteint même 45,7 points à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, où LFI avait fait élire le trotskiste Jérôme Legavre, premier député du Parti ouvrier indépendant (POI). A Evry-Courcouronnes, présentée comme un gain possible par la direction insoumise, la candidate Farida Amrani a été sèchement battue et le maire sortant Stéphane Beaudet élu dès le premier tour.

[4]

Il n’en reste pas moins que l’essentiel des bons résultats de LFI est concentré dans des banlieues populaires : six des dix meilleures performances électorales du mouvement ont eu lieu dans des banlieues pauvres. « L’analyse du top 20 des villes où La France insoumise a réalisé ses meilleurs scores au premier tour fait apparaître une constante saisissante : la part des résidences principales en HLM. Rarement dans l’histoire électorale récente, un indicateur socio-urbain aura aussi nettement séparé les zones de force d’un mouvement politique du reste du territoire. (…)

Le deuxième facteur qui ressort avec force de l’analyse est la proportion de population immigrée. Dans le top 10 des villes LFI, la part de la population immigrée oscille entre 22% (Roubaix) et 45% (La Courneuve), là où la moyenne métropolitaine se situe autour de 10%. À Saint-Denis, premier bastion insoumis du pays avec 51% des voix, la population immigrée atteint 38% et la population étrangère 31% – des ratios qui, combinés au parc HLM, expliquent à eux seuls une large part de la surperformance électorale du mouvement[5] ».

Mais des contre-exemples existent. Nous avons analysé, bureau de vote par bureau de vote, les résultats de la liste LFI à Montpellier[6]. Il apparaît que la liste, dont la tête de liste est Natalie Oziol, députée de la circonscription où figure le quartier politique de la ville de La Paillade, fait ses meilleurs résultats dans le centre-ville, plutôt bourgeois, et ses plus mauvais dans certains quartiers populaires ; sur les 11 bureaux de vote de La Paillade, la liste Oziol fait 503 voix, soit 12,1 % des inscrits, contre 1 050 voix pour la liste du maire sortant Michaël Delafosse, 1 002 voix pour Mohel Altrad et 932 voix pour Philippe Saurel. Il est vrai que Nathalie Oziol a connu, au cours de sa campagne, des relations difficiles avec certains comités de quartier.

Si on en croit les analyses de Médiapart, le vote LFI est plus populaire à Lille ou Marseille qu’à Toulouse ou Strasbourg[7].

Données exprimées en % de voix des inscrits. Pour cette analyse, les bureaux de vingt-sept métropoles ont été classés de 1 à 10, en fonction du niveau de vie moyen des habitants situés dans leur périmètre. Les bureaux de rang 1 sont les 10 % les plus pauvres, ceux de rang 10 les 10 % les plus aisés.

Le « front républicain » est mort, le « front démocratique » n’a pas été mobilisé

Le « front républicain » désigne une coalition formée lors d’une élection par plusieurs partis politiques pour empêcher la victoire de partis d’extrême droite. Ce front concerne des formations de gauche et des formations de droite, comme on l’a vu lors du second tour des présidentielles en 2002, où les partis de gauche ont appelé à voter en faveur de Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen. Il s’agit donc principalement d’une entente entre des partis, en général impliquant des partis de gauche et de droite (ou du centre).

Nous appelons « front démocratique » une alliance contre l’extrême droite reposant d’abord sur une mobilisation populaire et donc un report des voix des électeurs d’une tendance politique vers une autre, si possible soutenue par une alliance explicite des formations politiques, partielle ou totale, à l’exemple de ce qui s’est passé en 2002.

Ce qui s’est passé lors des élections municipales 2026 n’a rien à voir avec le « front républicain », pas plus qu’avec un « font démocratique » ; il s’est agi de fusions de listes de partis de gauche, sans implication de formations de centre ou de droite ; en aucun cas, il n’a été fait appel à une quelconque mobilisation populaire.

Les fusions entre liste de gauche et liste de droite ou du centre ont été très rares (un seul cas dans une ville importante : la fusion des listes PS et macroniste à Strasbourg, suivie de la victoire de Catherine Trautmann[8]).

La lutte contre l’extrême droite n’a jamais été au centre de la campagne. LFI, en fin de campagne, a recyclé le thème de l’antifascisme, tout en portant le gros de ses attaques contre le PS.

Beaucoup se sont contentés de qualifier le RN de « fasciste », ce qui montre une méconnaissance de ce qu’est le fascisme et de ce qu’est le RN (un mouvement d’extrême-droite du 21ème siècle, à ce titre beaucoup plus dangereux qu’un parti de nostalgiques du fascisme). la dénonciation des « brebis galeuses » est une bonne chose, mis ne doit pas nous dispenser d’un combat politique contre le RN.

L’échec des fusions des listes de gauche entre les 2 tours

De façon générale, le nombre d’accords entre les 2 tours a été moins important que dans les élections précédentes.

« Dans les 1 526 communes et les seize communes de plus de 1 000 habitants de Polynésie française, il y aura, selon le ministère de l’intérieur, 548 duels, 807 triangulaires, 169 quadrangulaires et 18 quinquangulaires (…).

Depuis le premier tour de ces municipales, dimanche 15 mars, les alliances et les désistements ont fait passer [au second tour], selon les calculs effectués par le service Les Décodeurs du Monde (un peu différents de ceux du ministère), le nombre de duels de 780 à 557, quand les triangulaires baissaient de 1 081 à 823 et les quadrangulaires de 354 à 171 (…).

Comme lors des législatives de 2022 puis de 2024, les invectives et les polémiques n’ont pas empêché la gauche de se rassembler. Les cas les plus emblématiques sont Nantes, Toulouse ou Limoges. Pour autant, les seconds tours illustrent aussi les divisions du bloc de gauche. Car, malgré plusieurs dizaines d’accords de fusions locaux, La France insoumise (LFI) se trouve aussi en concurrence avec le Parti socialiste (PS) dans près de la moitié des scrutins auxquels elle participe (28 sur 62), comme avec Les Ecologistes dans huit scrutins et avec le Parti communiste français (PCF) dans cinq scrutins. Inversement, les trois autres partis de gauche se trouvent en compétition dans une poignée de communes seulement »[9].

Alors malgré les mots d’ordre de la direction du PS, qui refuse tout accord national avec LFI – sans avoir totalement fermé la porte aux accords locaux – de nombreux maires socialistes sortants ont vite fait leurs calculs. Si bien que les annonces d’accords se sont multipliées, ce qui fait que beaucoup de commentateurs ont évoqué le « double jeu » du PS.

« Fusions techniques » et « fusions »

II convient de distinguer les « fusions techniques » et les simples « fusions »[10] :

  • Les « fusions techniques » préconisées par LFI reposent sur une incohérence : il s’agit d’éviter de devoir « négocier » un accord politique avec le PS ou les Verts, là où ils dominent, tout en obtenant des élus, mais sans aucune base politique commune. Les insoumis se retrouvent bien sur la liste PS ou Verts (et inversement), mais en cas de victoire, ils ne seront pas dans l’exécutif local qui dirigera la ville, ne feront donc pas partie de la majorité et siégeront avec leur propre groupe au conseil municipal. C’est le cas à Nantes, Brest, Clermont-Ferrand, et pour les mairies écologistes soutenues par le PS, à Lyon, Besançon ou encore Grenoble.
  • Les simples fusions de listes reposent sur un accord politique et impliquent de diriger ensemble la ville en cas de victoire, comme à Toulouse, Limoges, Avignon ou Tulle.

Nous avons analysé 10 accords dans les villes de plus de 10 000 habitants[11] :

Fusions techniques :

  • Nantes : « fusion technique » entre la maire Johanna Rolland (PS) et William Aucant (LFI). Cet accord semblait indispensable pour que la première secrétaire déléguée du PS puisse espérer conserver son fauteuil de maire.
  • Brest : « fusion technique » entre le maire François Cuillandre (PS) et Cécile Beaudouin (LFI). La candidate insoumise a pu obtenir 12 des 40 places éligibles. Mais en cas de victoire, LFI ne siégera pas au sein de l’exécutif et aura son propre groupe.
  • Clermont-Ferrand : « fusion technique » entre Olivier Bianchi (PS) et Marianne Maximi (LFI). LFI ne sera pas dans la majorité et aura son propre groupe. C’est la volonté d’empêcher la victoire de la droite qui a motivé l’accord. La liste LR de Julien Bony est arrivée en tête avec 33,93 %, une première depuis 1945.
  • Lyon : « fusion technique » entre le maire Les Ecologistes (soutenu par le PS), Grégory Doucet, et Anaïs Belouassa-Cherifi (LFI)
  • Besançon : « fusion technique » entre Anne Vignot (Les Ecologistes, soutenu par le PS) et Séverine Véziès (LFI). En vertu de cet accord technique, LFI ne siégera pas dans l’exécutif, en cas de victoire, et aura son propre groupe au conseil municipal.
  • Grenoble : « fusion technique » entre Laurence Ruffin (union de la gauche, soutenue par Les Ecologistes et le PS) et Allan Brunon (LFI) Il s’agit d’un accord « technique » pour tenter d’empêcher Alain Carignon, candidat LR, arrivé en tête du premier tour avec 27,04 %, de remporter la ville, qu’il avait déjà dirigée de 1983 à 1995.

Fusions

  • Avignon : fusion entre David Fournier (PS) et Mathilde Louvain (LFI). Les deux listes de gauche ont donc décidé de fusionner, avec une répartition égale des places. Il ne s’agit pas d’un accord technique, mais LFI aura cependant son propre groupe politique.
  • Toulouse : fusion entre François Piquemal (LFI) et François Briançon (PS), avec un deal : à LFI la mairie, au PS la présidence de la métropole, en cas de victoire. Le PRG a quitté la liste, dénonçant cette union.
  • Limoges : fusion entre Damien Maudet (LFI) et Thierry Miguel (PS). « Nos programmes étaient similaires, en grande partie », a expliqué le socialiste Thierry Miguel.
  • Tulle : fusion entre Bernard Combes (ex-PS) et Nicolas Marlin (PCF-Les Ecologistes-LFI).Bernard Combes est un proche de François Hollande, l’un des socialistes les plus opposés à toute alliance avec les insoumis…

Quels ont été les résultats de ces fusions au 2ème tour ? Les échecs sont majoritaires (7 sur 10) : les listes fusionnées ont perdu Avignon, Toulouse, Limoges, Tulle (soit l’ensemble des fusions non techniques », c’est-à-dire là où il y a avait un accord pour gouverner ensemble), Besançon, Clermont-Ferrand, Brest (« fusions techniques »). Les échecs sont plus nombreux, proportionnellement, là il y a eu un accord politique.

Dans un certain nombre de cas, le total des listes de gauche ayant fusionnées était pourtant majoritaire au 1er tour : Toulouse (54,5 %) et Brest (51 %). A Clermont-Ferrand et Tulle, le total des listes de gauche était proche de 49 %. On constate des reculs là où la tête de liste était LFI au second tour : Toulouse (-6 %), Limoges (-1 %) ; on peut évoquer également Argenteuil, où la liste de gauche perd 7,3 % entre les 2 tours (total de 56 % des listes de gauche au 1er tour).

Des élus LFI se retrouvent dans les équipes majoritaires à Nantes, Lyon, Grenoble et Tulle. Ils peuvent par ailleurs être présents dans l’opposition.

Le décompte de l’AFP

L’AFP analyse pour sa part 17 fusions scellées entre des listes socialistes, écologistes, communistes et LFI dans les villes de plus de 50 000 habitants. Elles se sont soldées dans près de deux tiers des cas par un échec :

  • 11 défaites (Toulouse, Strasbourg, Besançon, Limoges, Clermont-Ferrand, Brest, Poitiers, Avignon, Argenteuil, Colombes, Clichy) pour seulement 6 victoires (Lyon, Nantes, Grenoble, Tours, Aubervilliers, Villejuif).
  • 7 des 11 défaites ont constitué une perte sèche, dans des villes auparavant détenues par le PS (Clermont-Ferrand, Brest, Avignon) ou prises en 2020 par les écologistes (Strasbourg, Besançon, Colombes, Poitiers) ; dans les quatre autres cas, la fusion n’a pas permis de reprendre à la droite Toulouse, Limoges, Argenteuil et Clichy.
  • Au rayon victoires, la fusion avec LFI a permis de gagner une ville (Aubervilliers, reprise à l’UDI) et d’en conserver trois sous bannière écologiste (Lyon, Tours, Grenoble), une socialiste (Nantes) et une communiste (Villejuif).

Le résultat est encore plus clair a contrario pour les 13 villes dans lesquelles le PS ou d’autres formations de gauche ont écarté toute alliance avec les Insoumis :

  • 9 victoires pour la gauche sans LFI (Paris, Marseille, Amiens, Montpellier, Rennes, Rouen, Saint-Etienne, Nancy, Saint-Ouen) pour 4 défaites (Bordeaux, Lorient, Angers, Orléans).
  • Sur les neuf victoires, deux villes gagnées par le PS (Amiens, Saint-Etienne).
  • Sur les quatre défaites, une ville gagnée en 2020 et perdue par les écologistes (Bordeaux), une ville perdue en 2020 que le PS n’a pu reprendre (Lorient) et deux villes (Angers, Orléans) où la gauche n’avait dès le soir du premier tour aucune chance de l’emporter.

Le décompte du Monde

Le Monde a pour sa part décompté 36 unions entre les 2 tours, prenant en compte les arrondissements de Paris, Marseille et Lyon)[12].

« Les listes d’alliance l’ont emporté dans 14 villes, dont certaines où la position de la gauche était fragile au soir du second tour. C’est le cas de Nantes, où la socialiste Johanna Rolland est passée de justesse (52 %) après s’être entendue avec le candidat LFI, William Aucant. Mais aussi de Lyon, où l’écologiste Grégory Doucet a été réélu sur le fil après son alliance avec Anaïs Belouassa-Cherifi. Même affaiblis, ces candidats LFI auraient pu faire basculer le scrutin en se maintenant.

Certaines listes d’union ont enregistré une véritable dynamique au second tour à la faveur de leur alliance. C’est le cas du divers gauche Adama Gaye, victorieux à Mantes-la-Jolie (Yvelines) avec 54 % des voix, alors qu’il n’avait récolté que 24 % au premier tour (additionnés aux 12 % de son allié « insoumis »). Ou de l’écologiste Laurence Ruffin, qui a conquis Grenoble avec 56 % des voix, quand son potentiel de premier tour ne lui promettait que 40 % avec les voix de son allié LFI.

Les listes d’union ont été défaites dans 22 villes, comme Strasbourg, Limoges ou Clermont-Ferrand. Certaines ont réalisé de véritables contre-performances, en récoltant au second tour moins de voix que ne leur prédisaient leurs scores agrégés du premier tour. C’est particulièrement vrai lorsque la tête de liste était « insoumise », comme à Argenteuil (Val-d’Oise), où Yassin Zeghli a été battuavec 44 % des voix, alors que les scores des deux listes de gauche avec lesquelles il avait fusionné pouvaient lui laisser espérer 52 % des suffrages. De même, à Toulouse, l’« insoumis » François Piquemal, allié au socialiste François Briançon, s’est incliné face à Jean-Luc Moudenc (divers droite), après avoir perdu 3 594 voix par rapport à leur total de premier tour. Mais des candidats PS ont, eux aussi, ‘’reculé’’» entre les deux tours après leur alliance, à l’image de Frédéric Massot et François Cuillandre, battus àVilliers-sur-Marne (Val-de-Marne) et à Brest ».

De toute évidence, les listes fusionnées avaient davantage de chance de gagner si la tête de liste était PS (ou Ecologiste comme à Grenoble) que quand elle était LFI.  Si l’on prend les exemples de Nice, de Toulon et de Marseille, on constate que les vainqueurs ont tous refusé une alliance avec LFI.

On remarquera aussi que les grandes villes gagnées par le PS (Amiens, Saint-Etienne, Pau) l’ont été sans accord avec LFI, et même contre LFI (Saint-Etienne).

On ne traite pas dans cet article les raisons profonds du rejet de LFI (« brutalisation » des conflits, antisémitisme, vision ethnoraciale de la société avec la Nouvelle France…). Lors de ces élections, LFI a poursuivi ses attaques contre la PS, même dans le cas d’une fusion de listes, ce qui n’était pas de nature à favoriser une report des voix des électeurs du PS ou des Ecologistes.

Un « front démocratique » chez les électeurs ?

L’analyse ci-dessus(« décompte du Monde ») montre que les électeurs se sont, dans un certain  nombre de villes, mobilisés contre l’extrême droite.

On constate, dans une certaine mesure, des attitudes de « front démocratique » chez les électeurs. La gauche a connu dans un certain nombre de communes une progression importante entre les 2 tours, avec ou sans fusion des listes de gauche, une partie de cette progression provenant vraisemblablement des abstentionnistes – mais aussi d’électeurs LFI quand une liste LFI est présente.

En voici quelques exemples :

  • A Paris, la liste PS gagne 13 %, les listes éliminées de gauche représentant 1,5 %, alors qu’une liste LFI est présente, mais en baisse.
  • A Montpellier, la liste PS gagne 18,7 % entre les tours, alors qu’une liste LFI est présente, avec un score également en hausse.
  • A Bordeaux, la liste écologiste a progressé de 25,4 % (après désistement), davantage que la liste de droite qui a été élue.
  • A Lille, la liste PS voit son score augmenter de 5,3 %, alors qu’une liste LFI est présente, avec un score en hausse.
  • A Roubaix, la liste LFI progresse de 6,5 %, une liste divers gauche (dont le PS) régressant de 5,5 %.
  • A Villeurbanne, la liste PS gagne 4,7 %, une liste LFI étant présente, mais en baisse.
  • A Grenoble la liste écologiste gagne 15,7 % par rapport au total des listes de gauche du 1er tour.
  • A Poitiers, la liste Ecologiste (avec le PS) gagne 23,4 %, mais est battue.
  • A Vitry-sur-Seine, la liste PCF gagne 9,2 %, la liste LFI perd 8 %.
  • A Pau, la liste PS gagne 16,1 %, les listes élimineés de gauche ne représentant au 1er tour que 8,5 % des voix.

De toute évidence, le « front républicain » existe encore « à la base », en tout cas dans un nombre significatif de communes et sous la forme d’une mobilisation entre les 2 tours (y compris d’abstentionnistes).

Ces données confirment que le report de voix et la mobilisation sont plus importants quand la liste d’union est socialiste ou écologiste que quand elle est LFI. Certains analystes ont mesuré la déperdition des votes socialistes vers une liste LFI entre 20 et 25 %, un peu moins pour les votes écologistes.

Synthèse

On peut synthétiser ainsi ces analyses :

  • Les fusions de listes entre partis de gauche ont été relativement moins nombreuses que lors des précédentes municipales.
  • Ces fusions ne sont en aucun cas l’expression d’un « front républicain » ou d’un « front démocratique », faute d’un véritable front anti-extrême droite et d’une mobilisation populaire. Ce sont des fusions entre appareils.
  • Les échecs sont majoritaires.
  • Ces échecs sont d’autant plus nombreux que la tête de liste était LFI.
  • Ce n’est pas la gauche qui a été battue, mais un type de configuration (la NUPES, ou le NFP).
  • Il existe, malgré tout, des réflexes de « front démocratique » au niveau des électeurs, en tout cas dans un nombre significatif de communes.

Quelle est la meilleure configuration pour battre le RN ?

Quelles leçons peut-on tirer de ces élections municipales pour le combat contre l’extrême droite, dans la perspective des élections présidentielles de 2027 ?

  • La victoire du RN aux élections présidentielles est maintenant une hypothèse crédible, même nous continuons à penser que ce n’est pas une fatalité, et qu’un combat justement mené est de nature à lui faire échec.
  • Tout concourt à penser, si on observe les élections municipales, que la présence de Jean-Luc Mélenchon au 2ème tour des présidentielles est la certitude d’une victoire du candidat RN, LFI n’étant pas en situation de rassembler les électeurs de gauche, et encore moins du centre et de la droite. De plus, un certain nombre de positions actuelles de LFI nuit au combat contre l’extrême droite, en créant de la confusion (déclarations antisémites, reprise du thème du « grand remplacement », vision ethnoraciale de la société…).
  • La configuration la plus favorable pour battre Marine Le Pen ou Jordan Bardella en 2027 est :
    • Au 1er tour, la présence d’un candidat susceptible de recueillir un nombre suffisant de voix dans son camp, pour sortir en deuxième place, tout en étant accepté comme candidat « rassembleur ».
    • Au 2ème tour, le candidat qui sera opposé à Jordan Bardella ou Marine Le Pen devra être dans la situation d’additionner le plus grand nombre de voix de droite, du centre et de la gauche, et donc concrétiser le rassemblement.
  • Il ne faudra pas avoir peur d’appeler au « vote utile », le moment venu, le RN constituant selon nous le danger immédiat et principal, pour les libertés publiques, l’état de droit, les alliances internationales…

Tout cela semble frappé au coin du bon sens. Mais le moins que l’on puisse affirmer, c’est que les postures actuelles des partis de gauche – en tout cas des plus importants d’entre eux – ne vont pas dans ce sens.

Ce n’est pas le moment d’avoir des « pudeurs de gazelle » et de se boucher le nez devant des alliances tactiques qui s’avèreront nécessaires, tout en favorisant d’abord une mobilisation citoyenne. C’est ce que nous appelons le « front démocratique ».

Il convient de « muscler » le combat contre l’extrême droite, et donc de développer et diffuser des arguments et des analyses. C’est l’objectif de notre collectif.


[1] https://www.jean-jaures.org/publication/la-victoire-lfi-aux-elections-municipales-la-grande-illusion/

[2] A noter que LFI a perdu les 2 seules communes qu’il avait gagné en 2020 : Faches-Thumesnil (Nord) – présentée comme le « laboratoire » de son action municipale – et Grabels (Hérault).

[3] Pas de liste, par exemple, à Sevran, Bobigny ou Stains.

[4] Le Monde, 18 mars 2026.

[5] https://www.jean-jaures.org/publication/la-victoire-lfi-aux-elections-municipales-la-grande-illusion/

[6] https://www.montpellier.fr/resultats-des-elections-municipales

[7] Goannec Mathilde, Huet Donatien, Bureaux de vote et niveau de viehttps://www.mediapart.fr/journal/politique/210326/bureaux-de-vote-et-niveaux-de-vie-ce-que-nous-apprend-le-premier-tour-des-municipales?utm_source=quotidienne-20260321-174504&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260321-174504&M_BT=19038790842744

[8] Celle-ci n’a pas été exclue du PS, contrairement à ce qui a été dit, mais sa liste a perdu l’investiture du PS, suite à son alliance avec la liste macroniste.

[9] Idem.

[10] La notion de « fusion technique » est une proposition de LFi après le 1er tour.

[11] https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/municipales-quelles-sont-les-villes-ou-le-ps-et-lfi-ont-conclu-des-accords-pour-fusionner

[12] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/03/24/municipales-2026-les-alliances-avec-lfi-ont-elles-vraiment-fait-perdre-la-gauche_6674037_4355770.html

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